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03 juin 2020

Interview n°2 de Sophie Loubière

Vous venez de recevoir le Prix Landerneau Polar 2020 pour « Cinq cartes brûlées », un thriller glaçant écrit à partir de faits réels, sur la manipulation, l’humiliation et les violences faites aux femmes. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre roman ?

J’ai choisi d’aborder l’univers de Laurence Graissac, une jeune femme au parcours jalonné d’addictions (le jeu, la nourriture, le sexe), inspiré d’une véritable affaire criminelle dans laquelle «proie» et «chasseur» ne sont pas forcément ceux que l’on croit. J’évoque aussi la problématique de l’obésité, de la transformation du corps de la femme au cours d’une vie et de son instrumentalisation depuis l’enfance. « Pour les autres, l’important, c’est ce qu’ils font de nous, pas ce que nous sommes. Ce que tu fais de moi n’est pas ce que je suis » est une phrase clé du livre. Et vous avez raison : la manipulation est au cœur de l’intrigue et de la construction narrative. C’est une partie de carte qui se joue contre le lecteur, lequel se fait berner de bout en bout.

Romancière mais aussi journaliste, est-ce que cette double casquette impacte votre processus d’écriture ?

Bien que je n’exerce plus le métier de journaliste, j’en ai conservé la rigueur et la curiosité. De mon point de vue, un romancier doit s’assurer de la fiabilité de ses sources et n’aborder un sujet que s’il le maîtrise. Cela demande beaucoup de préparation, de recherche, de documentation, d’interview. Le tout est de trouver le bon dosage pour ne pas faire d’un roman un ouvrage scientifique ou technique, ne pas noyer le lecteur sous une pluie de détails inutiles ou de termes spécialisés visant surtout à montrer que l’auteur « maîtrise » son sujet. Ce matériaux accumulé tout au long du processus d’écriture (photos, documents, notes sur les personnages et le décor…), j’ai pris l’habitude de le compiler dans un blog (https://5cartesbrulees.blogspot.com/) , une sorte de making-of dédié au roman. Sans doute est-ce là, dans ce souci de donner accès au procédé de fabrication du livre au lecteur, que mes deux métiers se rejoignent.

Vous travaillez également à la création d’une série policière télévision, « N7 ». Comment passe-t’on de l’écriture d’un roman à l’écriture d’une série pour la télévision ? Selon vous y a-t-il des différences fondamentales dans les processus d’écriture ?

« N7 » est un sujet original que j’ai proposé à Stéphane Kaminka lequel cherchait une série polar feuilletonnante. Le précédé est radicalement différent : dans l’écriture romanesque, on rédige en se laissant la possibilité de se laisser surprendre, influencer par les personnages et les situations. Au fil de l’écriture, on peut à tout moment décider de modifier la fin et même, de reprendre toute la structure. C’est un procédé très créatif que de se surprendre soi-même en prenant un chemin insoupçonné. Pour une série TV, l’obligation de créer une bible et de rédiger les synopsis de chaque épisode coupe toute possibilité d’exploration parallèle. C’est un peu comme partir d’un plan pour construire une maison dont on sait déjà où seront les portes, les fenêtres, comment seront distribuées les pièces et de quelle couleur sera le papier-peint. C’est une autre façon de faire. Il y a un temps de maturation du projet un peu plus long en amont à prévoir. Une fois ce stade passé, mon écriture étant influencée depuis toujours par l’image, le montage cut et le son, je déroule l’écriture comme une bobine de film.

Y a-t-il des projets sur lesquels vous travaillez actuellement dont vous souhaiteriez nous parler ? Quels sont vos désirs pour l’avenir ?

Catherine Deneuve avait donné son accord voilà trois ans pour tenir le rôle principal dans l’adaptation cinématographique de mon roman L’enfant aux cailloux. Le projet n’a pas abouti mais cela reste un rôle exceptionnel pour elle et une magnifique idée… Cinq cartes brûlées est actuellement en lecture dans une boîte de production pour une adaptation TV. Le rôle principal serait un sacré défi pour une jeune actrice. Et le Cantal, la petite ville thermale de Chaudes-Aigues, sont un décor magnifique pour le film. A la mesure de nos silences, lequel se déroule dans l’Aveyron et révèle un fait unique dans l’Histoire de la seconde guerre mondiale (la mutinerie d’une division de jeune SS) serait aussi un sujet fort à adapter pour la télévision ou le cinéma et dans le premier rôle William Hurt.

Plus d’infos sur Sophie Loubière :
http://www.agencelisearif.fr/auteur-realisateur/sophie-loubiere/

Découvrez l’interview n°1 de Sophie Loubière :
http://www.agencelisearif.fr/interview-de-sophie-loubiere/

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