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30 avril 2021

Interview d’Angèle Herry-Leclerc et Pierre-Yves Mora

Angèle Herry-Leclerc et Pierre-Yves Mora, vous êtes scénaristes et vous dirigez ensemble les cinq saisons de la série L’art du crime sur France 2.   
Quels sont vos parcours ? Qu’est-ce qui vous a amenés à l’écriture ?
 

Pierre-Yves : Après un diplôme d’école de commerce, j’ai commencé par la production en travaillant pour un syndicat de producteurs de cinéma puis en m’associant dans une société de production. Mais j’ai ensuite eu l’opportunité de co-réaliser un court-métrage qui a connu un beau succès en festivals et je me suis rendu compte à cette occasion que j’étais nettement plus doué pour la création que pour le business ! Je me suis donc progressivement dirigé vers l’écriture d’abord pour le cinéma puis pour la télévision à partir de 2006.  
Angèle : J’ai fait des études de lettres puis quelques boulots avant de me dire que j’étais faite pour l’écriture, et plus encore, pour l’écriture d’histoires destinées à être filmées. Alors j’ai commencé à coucher des histoires, rédigé un synopsis, démarché des producteurs… qui un moment m’ont dit : « mais comment ? Tu n’as pas d’agent ? Mais vas voir Lise !! » Elle a eu la gentillesse de lire mon synopsis et c’est comme ça que je suis rentrée à l’agence… 
  
Avant de travailler ensemble à la création de L’art du crime, vous avez notamment co-écrit pour les séries Nina, Boulevard du Palais ou encore Julie Lescaut, comment vous êtes-vous rencontrés ?  

Pierre-Yves : C’était en avril 2006 (ça fait 15 ans !) j’avais déjà écrit plusieurs scénarios de longs-métrages mais je commençais tout juste à décrocher mes premiers contrats pour la télévision et une amie m’avait conseillé de voir Lise Arif pour me représenter. C’est à cette occasion que Lise m’a proposé de rencontrer Angèle qui essayait de percer dans le métier. Bref, c’est elle qui nous a « mariés » ! Et comme le dit Lise, ce fût le « mariage du siècle » !  On a commencé à travailler ensemble sur un « Sœur Thérèse.com », un vrai parcours du combattant duquel nous sommes sortis vainqueurs ! On s’est à cette occasion découvert de vraies affinités et une belle complémentarité. Et ensuite on ne s’est plus quittés en enchaînant d’autres série comme Diane femme flic, les Bleus ou Boulevard du Palais. Bon, j’ai parfois travaillé seul, notamment sur Julie Lescaut mais il faut prendre de temps en temps un peu de distance dans un couple pour mieux se retrouver, non ?  
Angèle : oui, mais au moment où j’allais travailler seule de mon côté, on a signé L’art du crime ! Nous avons un vrai plaisir à travailler ensemble : assez proches pour se comprendre vite, suffisamment différents pour être complémentaires. L’écriture à deux n’est pas forcément évidente et c’est une chance de s’être rencontrés. A force d’écrire ensemble, en plus, on déteint l’un sur l’autre ! Quand on a travaillé avec Agathe Robilliard sur l’épisode Jérôme Bosch, elle nous a arrêtés en plein brainstorming en disant : « pardon mais je ne parle pas encore le Angèle et Pierre-Yves, vous pourriez me traduire ce que vous venez de vous dire ? » 
 
Pouvez-vous nous parler de la création de la série L’art du crime ? Comment est né ce projet ?  

Pierre-Yves : On avait déjà travaillé avec la productrice Isabelle Degeorges sur un beau projet qu’avait initié Angèle, « Archeologia ». A l’occasion d’un changement de direction, le projet avait été arrêté par la chaîne mais pour rebondir Isabelle nous a proposé d’imaginer un concept de série policière qui mettrait en valeur le patrimoine culturel de notre beau pays. Pour Angèle et moi ça a tout de suite fait « tilt » parce qu’on est à la fois amoureux de l’art et du polar. On a assez rapidement imaginé ce personnage d’historienne de l’art qui se retrouve malgré elle plongée dans une enquête policière un peu à la « Da Vinci code ». Une historienne sérieusement névrosée qui se rend compte que les enquêtes policières agissent sur elle comme une sorte de thérapie. La série a été retoquée par une première chaîne qui trouvait ça trop « moderne » mais ce fût pour le bien du projet puisqu’en le retravaillant pour France 2, on a créé le personnage du flic totalement hermétique à l’art qui a permis de mettre en place cette promesse de « clair de lune » romantico-ludique entre deux êtres que tout oppose… L’Art du crime était né !  
Angèle : on voulait à la fois du polar et de la comédie, qu’on voie les tableaux mais que ça reste ludique. On a appris ensuite que de nombreux projets de séries sur l’art avaient été proposés aux chaînes qui les avaient refusés. Si l’Art du Crime est passé, c’est parce que les enquêtes policières ne partent pas d’un vol de tableaux mais toujours d’un meurtre. A début, nous nous demandions comment nous allions faire pour trouver à chaque épisode le mobile d’un meurtre au présent en rapport avec un peintre du passé, qui a vécu parfois il y a plusieurs siècles ! Mais à chaque fois, nous trouvons ! 

La quatrième saison sera diffusée dès le 7 mai sur France 2 et une cinquième est déjà en préparation. Comment avez-vous abordé ces nouvelles saisons ? Y a-t-il des nouveautés ?  

Pierre-Yves : La principale nouveauté c’est qu’Angèle et moi nous nous investissons de plus en plus dans la direction artistique de la série. Arnaud de Crémiers qui nous suit chez Gaumont depuis la mise en production du pilote a eu cette intelligence de nous impliquer chaque saison un peu plus dans le processus de fabrication de la série. Nous sommes aujourd’hui producteurs artistiques et nous formons vraiment avec Arnaud le producteur une belle équipe basée sur la confiance et le dialogue. C’est un des secrets de cette série : En nous impliquant plus dans la production, on peut Angèle et moi mieux adapter l’écriture aux exigences économiques et « optimiser » la cohérence et la qualité artistique de la série. Avec à la clé une belle reconnaissance du public et de la profession puisque la série a été sélectionnée chaque année à la Rochelle (2 fois), à Cognac (2 fois), et en obtenant récemment le prix de la meilleure série à Luchon. 
  
Y a-t-il des projets sur lesquels vous travaillez actuellement dont vous souhaiteriez nous parler ? Quels sont vos désirs pour l’avenir ?  

Pierre-Yves : La saison 5 part bientôt en tournage mais c’est la diffusion de la saison 4 qui décidera si on se lance dans l’écriture d’une saison 6 ou non. En attendant, on a bien sûr d’autres envies de séries à créer qui nous permettraient d’imaginer d’autres formes de narration, mais on en est vraiment au tout début pour l’instant. 
Angèle : on a envie de parler le « Angèle et Pierre-Yves » aussi sur d’autres terrains de jeu… !

Merci beaucoup !

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